14 septembre 2009
ASCENSION DU MONT BLANC
L’enfer et le paradis
existent.
Nous pouvons le certifier, nous en revenons.
Il y a des courses qui
s’organisent longtemps à l’avance, qui se préparent avec une précautionneuse
minutie. Elles se font désirer. Elles sont attendues dans une impatience, une
excitation et une fébrilité somme toutes légitimes. Et puis, il y a ces courses
qui s’improvisent presque, qui se décident au dernier moment à la faveur d’une
fenêtre météo inespérée ou d’un coup de fil inattendu.
Quand Pascalito m’a
contacté ce jeudi 10 septembre, je n’imaginai pas que j’allais de nouveau et de
si tôt me retrouver face au Big One. Le Big One, le Toit de l’Europe… Le Mont
Blanc !...
Nous étions
disponibles. Le refuge du Goûter affichait complet mais, par chance, deux
places se libéraient à Tête Rousse. La météo annonçait un samedi mitigé mais un
dimanche plutôt ensoleillé. Ces trois principales conditions étant réunies,
nous pouvions nous lancer dans l’aventure. L’autre indice qui m’encourageait à
tenter l’ascension était la date. En 2002, j’avais atteint le sommet, par la
voie des 3 Monts, avec mon ami Coolmax, le 12 septembre. Fallait-il voir là un
signe annonciateur de réussite ?...
Fin juillet, nous
avions tenté, avec SuperHub et Michel, la montée en 1 jour. Sacré coup de poker
qui a réussi à mes compagnons. Moi, terrassé par le mal des montagnes, je
devais faire demi-tour au Dôme du Goûter. Ascension directe, assez rapide, sans
haltes aux refuges, sans coupures trop longues pour cause d’un timing assez
serré. Option RADICALITé. Grimpe
endurante et assez extrême, motivée par
l’attrait du sommet.
Cette fois ci, nous optons
plutôt pour la PLACIDITé. Une
ascension lente en 2 jours, ponctuée de nombreuses pauses récupératrices ;
l’aspect chronométrique n’ayant aucune importance. Profiter un maximum de la
course, des paysages, des sensations ressenties. Prendre le temps de savourer
chaque seconde. Pour utiliser une métaphore, on peut comparer le Mont Blanc a
une tablette de chocolat (ou à un « poulet rôti » si vous n’aimez pas
le chocolat…). Il y a ceux qui vont se ruer sur la tablette, la dévorer,
l’engloutir en moins d’une minute. Et, il y a ceux qui vont lentement ouvrir l’emballage
d’aluminium, sentir, humer, déguster carreau par carreau, essayer de
reconnaître les ingrédients qui s’y cachent... Il y a les avides et les pondérés…
Je pars l’esprit
serein. Aucun sentiment de revanche ne m’anime.
PREMIERE JOURNEE – Samedi 12 Septembre
9 h 45, nous quittons
le parking du petit village de Bionnassay pour rejoindre la gare d’arrivée du
Nid d’Aigle. Nous aurions très bien pu prendre le TMB (Tramway du Mont Blanc)
au Fayet ou à Saint-Gervais mais comme nous avons du temps devant nous, nous
décidons de nous mettre en jambes en longeant les rails du chemin de fer. Un
train à crémaillère vert bouteille, dénommé Anne, nous nargue à son passage
d’un grand coup de klaxon. Pas de bouquetins à l’horizon cette fois. De
nombreux nuages tapissent les reliefs. Le glacier de Bionnassay apparaît par
intermittence. Seul le col du Tricot demeure dégagé. A 12 h, nous atteignions
le terminus du Nid d’Aigle. Il n’y a personne si ce n’est les deux hôtesses
d’accueil du TMB. Nous attaquons tranquillement un chemin bien praticable qui
nous mènera à la cabane des Rognes. Il est 13 heures quand nous y arrivons.
Adossé à la porte de cet abri, nous sortons les diots, le jambon cru, le
Beaufort et les sandwiches Daunat. Nous sommes à 2 768 m. De larges nappes
nébuleuses montent du fond de la vallée et masquent les sommets. Il ne fait pas
froid mais l’ambiance est lugubre.
13 h30, nous nous remettons en route. Un
sentier en lacets nous conduit jusqu’au glacier de Tête Rousse. Le taux
d’oxygène diminue sensiblement avec pour effet de rendre Pascalito heureux. Il
nous chantonne avec entrain la chanson de la publicité « Grand-mère sait
faire un bon café ! ».
15 heures, nous sommes
au glacier. Il est envahi par le brouillard. Une guirlande de drapeaux
tibétains, malmenée par un fort vent,
nous accueille de ses claquemets. Nous traversons un glacier strié de rainures où coulent
d’importants filets d’eau. Une tente, plantée au milieu du glacier, attire
notre attention. Elle est remplie d’engins bizarroïdes branchés sur d’énormes batteries.
Le gars qui en sort nous explique qu’ils font des études hydrologiques et que
la pénurie de glace de cette année les préoccupe au plus haut point. Il est
vrai que la surface du glacier est plus
recouverte de cailloux et d’eau que de glace. D’ailleurs, comme tous les autres
alpinistes qui vont et viennent, nous n’avons pas chaussé nos crampons. Nous
passons devant les curieux WC du refuge.
A 15 h15, nous poussons les portes du refuge (3 167 m). Ce bâtiment a l’air d’avoir été récemment rénové. Il parait neuf. L’accueil y est dés plus sympathiques. Nous laissons nos équipements de montagne (piolets, crampons, casques, corde, bâtons… ) à l’extérieur, dans des casiers. Nous revêtons des chaussures d’intérieur (bien rangées par taille sur un râtelier) et regagnons notre dortoir, le Cho Oyu, pour y poser nos sacs. Nous nous affairons dans un silence religieux car des alpinistes y dorment déjà à poings fermés. Le repas du soir sera servi à 18 h30. En attendant, nous buvons un thé, parcourons des revues techniques et discutons avec des pensionnaires qui comme nous patientent dans la chaleur et le calme. Un gars, arborant une polaire siglée UTMB, est là pour, comme il le dit, « faire des globules ». Il s’acclimate à l’altitude et au manque d’oxygène. Dans 1 mois, il partira au Népal avec Dawa Sherpa pour faire le Solo Khumbu Trail. Ma tête est un peu lourde. On ne peut pas parler de migraine mais je me sens un peu vaseux.
18 h30, nous passons à
table. Dehors, il neige à pierre fendre. Bouillon de légumes, tranches de bœuf
avec des pâtes et du riz, flan en dessert. 19h 30, à la fin du repas, il neige
toujours. Le trio des Bauges qui mangent avec nous commence à s’inquiéter pour
le lendemain. Sur le mur qui nous fait face, on peut lire sur une affichette,
une phrase manuscrite qui dit « Qui
trop écoute la météo, passe ses journées au bistrot… »
Allongés dans nos
« sacs à viande », sous une épaisse couverture, nous lisons encore
quelques pages avant d’éteindre la frontale. Je parcours le courrier des
lecteurs d’un vieux Montagnes Mag qui parle d’un docteur se plaignant d’être
toujours sollicité par les autres marcheurs lorsqu’il part en trek. Ses propos qui
débordent d’arrogance et de dédain sont stupéfiants… Par précaution et
redoutant le mal des montagnes (qui m’avait bien anéanti la dernière fois),
j’avale un Diamox. Ce médicament, délivré sur ordonnance, agit comme un
diurétique (un inhibiteur de l’anhydralyse carbonique) qui diminue la rétention
de liquide.
20 h30, il n’y a plus aucun bruit dans le dortoir, tout le monde est couché. L’altitude, l’excitation, la neige qui tombe toujours n’aident pas à nous endormir rapidement…
BILAN DE LA
JOURNEE : 5 h 30 / 1 760 m D+ / 45 m D-
SECONDE JOURNEE – Dimanche 13 Septembre
1 h15 du matin. Le
dortoir s’éveille et s’agite comme une ruche. Je ne ressens aucun mal de tête,
ce qui me réconforte grandement et me libère l’esprit. 1 h30, petit-déjeuner
copieux (café, tartines, jus d’orange, Diamox). 2 h, frontales vissées sur la
tête, nous quittons notre nid douillet. Une couche de 10 cm de neige fraîche tapisse
le glacier. Il ne fait pas froid (- 1°C seulement) aussi nous nous sommes peu
couvert. La nuit est totalement noire mais des dizaines d’étoiles scintillent.
Un fin croissant de lune lumineux brille au dessus de nos têtes. L’absence
totale de nuages nous rassure quant aux conditions météo du jour. Notre
optimisme euphorique nous fait oublier qu’en montagne, le temps peut changer
très vite…
Nous traversons le
fameux couloir du Goûter qui est muet comme une carpe. A croire qu’à 2 heures
du mat, les cailloux dorment… S’en suit la montée au refuge du Goûter entre les
blocs rocheux recouverts de neige. Des câbles nous aident dans notre
progression. La pente est raide et le dénivelé s’ingurgite promptement. Nous
sommes en forme et à l’aise dans ces passages chaotiques. Nous grimpons avec
enthousiasme.
A 4 heures, nous débouchons au refuge du Goûter (3 817 m).
Des cordées en sortent régulièrement. Nous chaussons nos crampons et nous nous
encordons. Les nœuds d’encordement n’ont plus de secret pour nous… Le fond de
l’air est un peu plus frais mais nous ne mettons pas de couche de vêtement
supplémentaire. Nous contournons le refuge et grimpons sur l’arête où, d’habitude, il y a des tas de tentes qui
bivouaquent. Là, il n’y en a qu’une. On ressent un peu de vent mais sans plus.
Nous suivons les traces faites par les cordées qui nous précèdent. Sur la pente
régulière du Dôme du Goûter, l’itinéraire zigzague en douceur. Dans la
pénombre, on devine, sur les côtés, quelques crevasses bien béantes. En haut de
cette montée, qui ressemble à une large piste de ski, passé le col du Dôme, la
sensation de froid s’intensifie brutalement. On s’aperçoit que de nombreux
nuages bouchent le ciel. On ne voit plus les étoiles, ni la lune. Pascalito commence
à accuser le coup. 5 h 30, nous faisons une pause à Vallot (4 262 m).
Vallot n’est pas un refuge à proprement parler, c’est plutôt un abri de
secours. Arrimé aux Rochers Foudroyés, il a été construit pour que les
alpinistes en détresse puissent s’y abriter. Quand nous pénétrons dans l’abri,
nous y découvrons une bonne vingtaine d’alpinistes, assis ou allongés. Tous ont
des mines cadavériques. Vallot est un vrai dépotoir. Il y a des ordures de
partout et même des bouteilles remplies d’urine posées sur les fenêtres…
L’odeur est peu ragoûtante mais il y fait relativement chaud. Nous nous
accordons une pause d’une vingtaine de minutes, persuadés que rester plus
longtemps ici reviendrait à signer la fin de notre ascension. Nous retrouvons
les Baugus de la veille qui pensent
qu’ils n’iront pas plus loin. Nous nous habillons chaudement. En fait, nous
mettons sur nous tout ce que nous avons. Nous laissons nos sacs (qui sont
quasiment vides) dans un coin.
L’ENFER
A 6 h, nous sortons de
Vallot. Il fait un froid glacial. La visibilité est quasi nulle. Une vraie
purée de pois, on n’y voit pas à 2 mètres. Le moment est décisif. Tout se joue
ici : soit on fait demi-tour, soit on continue. Il n’y a pas d’autre
alternative. Nous ne sommes pas accompagné par un guide aussi notre choix doit
être indiscutable, nous n’avons pas droit à l’erreur.
Après maintes
réflexions, nous décidons de rejoindre les Bosses du Dromadaire et de faire un
point là-haut. Quelques trouées percent le ciel opaque. Après la Grande et la
Petite Bosse (cette dernière est bien cornichée), nous poursuivons, envoûtés
par le chant des sirènes des cimes. Juste avant de parvenir à l’Arête des
Bosses, nous croisons 3 alpinistes, secoués par le blizzard, qui redescendent.
L’un des 3 est guide professionnel, il nous assure que les traces sont encore
bien visibles. Son « encore » n’est pas fait pour nous encourager à
poursuivre… Le passage de l’arête n’est pas trop impressionnant car nous le
faisons dans le flou complet. Nous veillons à ne pas sortir du chemin car, nous
le savons, le moindre écart, la moindre glissade, peut s’avérer fatal en ces
hauts-lieux.
Nous traversons l’Arête
des Bosses comme des équilibristes sur une poutre. Le vent et le grésil
fouettent nos visages. On a du mal à respirer, à parler, à articuler. Nos
mâchoires sont gelées. Nos joues sont sauvagement giflées. Mentalement, je me dis qu’il faut que je rajoute
une cagoule wind-stopper sur ma check-list. Dans les yeux de Pascal, je peux lire ma propre folie. Les conditions sont abominables. Les
rafales de vent nous font chanceler. Cramponnés à nos piolets, on ressemble à
ces petits vieux qui font le tour de la place du village courbés sur leurs
cannes. On apprendra plus tard que le
vent soufflait à plus de 70 km/H et que la température avoisinait les – 35°C.
Pascal fatigue
sérieusement. Tous les 10 pas, on s’arrête pour qu’il récupère. Il tire sur ses
réserves. Je sais qu’il a un mental d’acier et qu’il tiendra le coup. Je suis
convaincu qu’il ira jusqu’au bout. Je suis fier de lui car je sais aussi qu’il
monte 50% pour lui et 50% pour moi. A cette altitude, le moindre souci vous
oblige à vous arrêter, vous et votre compagnon. Une hypothermie, un coup de
pompe, un problème technique, une hypoglycémie, le mal des montagnes, une
déshydratation, une baisse de moral… si l’un de ces paramètres vous atteint,
vous êtes foutu !... Retour à la case départ !... Notre cordée est
solidaire. Plus que solidaire : fraternelle. La corde qui nous relie est
comme un cordon ombilical. Nous sommes reliés pour le meilleur et pour le pire.
Pour l’instant, c’est le pire…
Il est 8 h50, nous atteignons les
4 600 m. Tantôt je suis devant, tantôt derrière. Je règle mes pas sur ceux
de mon compagnon, me fiant à la tension de la corde. J’apprécie cette lenteur
qui me permet de vivre pleinement la course. La réussite est au bout de ce chemin. Une cordée de alpinistes nous double.
Il s’agit de Jean-christophe, un Corse de Corté et d’Arnault, un Savoyard de La
Plagne. Le monde est petit car j’aurai pu déjà rencontrer Jean-christophe à la
Santamariaccia ou à la CCC (trails que nous avons fait tous les deux). La pente
faiblit. Il ne reste plus que 50 mètres de dénivelé à accomplir. Je me
surprends à sourire bêtement, mes yeux pétillent. Dans ma tête résonne une
chanson de New Order : « Waiting for the sirens », chanson que
je n’ai pas écouté depuis des lustres… Le sommet se fait désirer. Chaque butte
en cache une autre. On finit par arriver sur l’arête sommitale et une belle
dorsale toute plate nous conduit jusqu’au sommet tant convoité.
LE PARADIS
9 h15, nous sommes sur le toit de l’Europe. Soulagé et heureux, je hurle un sonore « SUMMIT !!!... », le cri que poussent tous ceux qui atteignent les hauts sommets. L’émotion est à son comble. Elle me submerge et je fonds en larmes. Avec Pascalito, nous nous enlaçons longuement. Notre amitié, forte de plus de 15 ans, est désormais inaltérable. Le Mont Blanc a cimenté notre camaraderie. Nous félicitons aussi Jean-christophe et Arnault qui, comme nous, sont enchantés d’avoir atteint le sommet. Le ciel est dégagé, d’un bleu azur provoquant. Le côté italien est assez découvert alors que le versant français est complètement bouché. Nous avons l’impression d’être sur une île émergeant d’un océan vaporeux. Une drôle de pensée me traverse l’esprit à ce moment là : nous sommes les 4 français les plus haut de France, les plus haut d’Europe… L’instant est magique, comme suspendu dans le temps. Nous sommes les rois du Monde.
Personne n’est monté
derrière nous. Nous entamons la redescente. Le rideau de nuage a été tiré.
C’est impressionnant de dévaler ces arêtes de neige et de glace en voyant,
cette fois, les énormes à-pics qui plongent de part et d’autre vers l’infini.
Finalement monter de nuit ou dans le brouillard à l’avantage de vous cacher la
réalité des choses…
Nous repassons à Vallot récupérer nos sacs. Il est 10 h30. Il
n’y a quasiment plus personne à l’intérieur.
Nous dévalons maintenant les
pentes du Dôme. Deux parapentistes décollent du Goûter. D’artistiques séracs
décorent les versants. De gigantesques crevasses, la gueule grande ouverte, ne
demandent qu’à engloutir le premier imprudent venu qui s’aventurerait en dehors
des traces. Ici, mieux vaut uriner sur le chemin qu’à côté… Nous faisons une halte, au soleil, au dessus
du refuge du Goûter derrière un muret de briquettes de neige fait par un
bivouaqueur.
Il est 12 h30 environ, nous avons mis 3 heures pour descendre. Le soleil, au zénith, illumine le paysage. On ne se lasse pas de contempler les amas de séracs enchevêtrés en contrebas, vers le glacier des Bossons. Ces blocs sont fascinants. On sait que ce sont des meurtriers en puissance mais on ne peut s’empêcher d’être en admiration face à ces gigantesques monuments de glace aux formes tarabiscotées.
13h 30, nous dé-escaladons les rochers vers Tête Rousse. Nous gardons les crampons au début car il y a encore pas mal de neige et certains passages s’avèrent être très glissants. De nombreux alpinistes, la plupart des Italiens, montent au Goûter dans l’espoir de faire le sommet lundi matin. Le temps se voile subitement et les nuages envahissent les lieux. Quelques flocons, quelques petits grêlons tombent. Rapidement, nous ne voyons plus le glacier de Tête Rousse, pourtant vaste. Les repères rouges, peints à même la roche, nous guident dans le brouillard. Arrivés en bas, nous traversons le couloir du Goûter toujours autant silencieux que ce matin. A croire que les caillous font maintenant la sieste… Nous pressons le pas, l’objectif maintenant est d’attraper le dernier train qui part à 16 h30. Traversée du glacier, descente du sentier, passage devant la cabane des Rognes et arrivée au Nid d’Aigle vers les 16 h. Nous faisons le trajet « Nid d’Aigle – Col de Voza » en tramway, nos jambes apprécient cette marque de sollicitude… Pour finir, nous rejoignions en 45 minutes le parking de Bionnassay. La montre affiche 17 h45. Cela fait presque 16 heures que nous sommes partis…
BILAN DE LA
JOURNEE : 13 h 30 (train déduit) / 1 965 m D+ / 3 660 m D-
Le retour sur Terre est brutal. Nous retrouvons les
voitures, le bitume, les travaux sur la route… Une chose est sûre : notre
voyage céleste, entre enfer et paradis, n’est pas terminé. Notre tête est
toujours là-haut, quelque part dans la montagne. On ne réalise pas encore vraiment
ce que l’on vient de vivre. Images et émotions se télescopent. La première
impression qui me saisit est une impression de bonheur, celui d’avoir atteint
le sommet avec mon copain Pascalito. La seconde impression est une impression
de fierté pour avoir pu réaliser l’ascension dans de telles conditions, frisant
le raisonnable tout en restant toujours lucide et conscient des risques pris
(enfin, je crois…). La troisième impression est une impression de
soulagement : une montée lente et temporisée, un stress moindre, une prise
correcte de Diamox, une hydratation correcte ont fait que je n’ai pas ressenti le malveillant mal des montagnes, ce
qui, à 3 semaines de mon trek au Népal, est plutôt de nature à me rassurer…
L’ascension du Mont Blanc doit être une
consécration, une récompense, presque l’aboutissement d’une « carrière
d’alpinisme », l’objectif final que tout montagnard convoite, une
ascension qui suppose de longues périodes d’apprentissage et d’expérience.
Normalement « faire de l’alpinisme » doit donner envie de
« faire le Mont Blanc », là, c’est tout le contraire… c’est
« faire le Mont Blanc » qui m’a (nous a) donné envie de « faire de l’alpinisme »… Cette inversion, cette contradiction réside
peut être dans le fait que le Mont Blanc, tout comme l’Alpinisme, ça ne se
« fait » pas, ça ne se « consomme » pas, mais ça se « vit »…
Le Géant des Alpes, magnanime, m’a accepté, m’a
toléré. Ma prochaine étape en haute-montagne me conduira vers les Colosses de
l’Himalaya.
Seront-ils aussi bienveillants et indulgents avec ma personne ?...
VIDEO EN PREPARATION
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